Scène 1 : « le mystère des 10 curés », pièce en un acte.
Les personnages
HENRI : inspecteur.
ROSE : secrétaire du commissaire.
Dans le commissariat, Henri lit.
HENRI
C’est mon anniversaire. Trente cinq ans dont dix dans la police. Je suis inspecteur dans ce trou perdu depuis huit ans. En huit ans, même pas une contravention. Dans cette commune, pas d’incivilité, tout le monde est poli avec tout le monde. Demain je donne ma démission.
ROSE, arrive.
Bonjour inspecteur. Vous lisez !
HENRI
Il n’y a personne, tu peux me tutoyer. Il n’y a jamais personne. Pourquoi est-ce que dans cette ville il n’y a jamais de meurtre ? Même un petit, un rien du tout. Rien. Il y a quand même plus de dix mille habitants. À Labastide-Gabausse, au moins là, il y a eu un double meurtre. Au moins l’inspecteur s’est déplacé. Ici, je pose mon cul à huit heures, je le relève seulement quand je veux pisser. Le temps qui passe n’y fait rien. Rien de moi. Je ne voudrais pas un génocide, une petite effraction, un couple qui s’engueule, le vol d’un œuf. Mais non, ici tout le monde se fait la bise. Quand François a perdu son billet de cinquante euros, Germaine a ouvert une cagnotte immédiatement, le soir même il y avait cent euros dedans. François a récupéré ses cinquante euros, et tu sais ce qu’il a fait avec les cinquante euros de trop.
ROSE
Je sais puisque je suis aussi de la commune.
HENRI
Il a ouvert une cagnotte, il a déposé les cinquante euros en question dedans, en provision en cas où un autre perdrait cette somme. Incroyable.
ROSE
Les cinquante euros qu’il prétend avoir perdu, ils ont peut-être été volés. Il y a peut-être un voleur à rechercher et à enfermer.
HENRI
Il a été retrouvé dans le caniveau à moitié bouffé par les rats.
ROSE
Un café !
HENRI
Quel ennui !
ROSE
Si tu veux, après le travail, je t’emmène au musée. J’y suis allée il y a deux jours, j’ai bien aimé. C’est un musée plein de fantaisies, d’ailleurs c’est comme ça qu’il s’appelle, « Musée fantaisie ».
HENRI
Je n’ai pas la tête à ça. Un temps. Nous sommes la commune la plus sûr de France. Vois ici. Meurtre à l’arme blanche dans un village de trois cent cinquante habitants. Pourquoi quand il y a un meurtre dans un village perdu, ici, c’est le calme frigide ici ? J’en viens à vouloir vieillir pour prendre ma retraite. Toi, tu t’en fous. En montrant la couverture d’un livre. Lui, par exemple, il est ma vie. Enfin, il est la vie que je vis actuellement.
ROSE
« La vie du poisson rouge ». Il y a du progrès. La semaine dernière, c’était « Ma vie est celle d’une tête d’autruche plongée dans le sable. »
HENRI
Je vais bientôt m’acheter un bocal avec un poisson rouge et me noyer dedans.
ROSE
En te noyant, tu vas assassiner le poisson rouge. Pour un inspecteur de la criminelle, ce n’est pas bien.
HENRI
Je m’ennuie. Je m’ennuie mortellement.
ROSE
Je ne vais pas me suicider pour faire ton gros titre. Un câlin. Une pipe !
HENRI
J’en ai marre des pipes, je voudrais un rapport plus profond avec moi-même.
ROSE
Tu sais que je suis en transformation.
HENRI
Hier, il y eu monsieur Chrizalin qui n’a pas payé son parking.
ROSE
Hé bien voilà, tu as pu lui mettre une contravention.
HENRI
Même pas. Je me suis approché de lui, approche du chat, je constate l’infraction et au moment de la rédiger, sa fille sort un billet de cinquante euros pour payer l’oubli de son père.
ROSE
Décidément, il y a beaucoup de billets de cinquante euros en circulation.
HENRI
Dans quel monde je vis !

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