Une farce vulgaire.
PS : cette courte farce est composée principalement de mots, de jeux de mots, d’extraits de textes de chansons du Rap Français, enfin de ce qu’il en reste.
Les personnages
LECHIEUR
LEFILEUR
JEAN
Dans un bar, deux hommes discutent. L’un a un cahier à la main
LEFILEUR
Pourquoi t’as voulu m’voir ?
LECHIEUR
Suis venu au bar- chiottes avec ma belle plume. Pourquoi ? Bouffon. En moins d’un boc j’ai chié un kilo de poèmes. Mec, y a du génie dans mes neurones, j’ai goudronné mon cahier plein de rimes.
LEFILEUR
Montre-moi zig.
LECHIEUR
Pas confiance ! Pas pour la frime quand j’pine. À la maternelle fallait que j’défonce l’areu.
LEFILEUR
Veux gigoter mes nerfs optiques. Montre-moi zig.
LECHIEUR
Tu sais, j’en ai bavé, dans le 62 « les Polak à la catacombe » qu’ils disaient. Du temps d’avant, une horreur. Maman fille mère et femme père pour moi. Sont dedans. Les fins de mois c’étaient casse-noix. Dans les mines la silicose gagne toujours, mes poèmes coulent le mal au pourtour.
LEFILEUR
Montre-moi zig si tu veux une béquille pour plafonner ta glotte dans une salle. Il lui donne son cahier.
LECHIEUR
J’ai d’la rancune. Ma vie de mioche n’a jamais existé, c’est l’homme en moi qui a toujours résisté, même bébé.
LEFILEUR
J’lis du déchet. T’as posé tes neurones dans ça. Un jour je pisse, un jour je chie, un jour l’hospice, un jour l’anarchie, la cuvette est pleine, « hémo » je saigne.
LECHIEUR
J’voulais pas dire » hémo » avec ride, c’était top gun.
LEFILEUR
C’est pas toi qui as écrit ? Il lit ou chante.
Un jour tu chies
Un jour tu pisses
Un jour l’affranchi
t’es l’poison de l’hospice
Couleur pas de veine
J’suis écrivaine.
C’est ta gun sanguine qui a posé tes mots. J’envoie un message à Jean ?
LECHIEUR
Quoi faire ?
LEFILEUR
Va te lancer dans le business s’il dit que t’es talentueux. Il envoie un SMS. « Jean peut venir de suite ». Il vient de suite.
JEAN en costume cravate entre dans le bar.
JEAN
Bonjour Lechieur, bonjour Lefileur.
LEFILEUR
T’es quoi dans ton ouf ? Costard !
JEAN
Business de l’image.
LECHIEUR, chante.
Les NTM sont dans le barreau, négro à bas les blancos, le bide calme la bite…
JEAN
Oh !oh !oh ! Du calme. Si vous m’avez fait venir c’est que l’un d’entrevous veut devenir artiste.
LEFILEUR
Savais pas que t’étais pagne.
JEAN
Une nouvelle expression que je ne connais pas. J’ai beaucoup de difficultés avec votre nouveau langage.
LEFILEUR
M’excuse Jean, je voulais t’en faire l’exclusivité.
JEAN
C’est qui lui ?
LEFILEUR, tout bas à LECHIEUR.
Tu lui montres ce que tu peux avec ta glotte, et je gère derrière. À Jean. Lui il fait rien, il chante.
LECHIEUR, il chante.
Combien j’pèse en kilo
Personne ne vénère mon bédo
Calme tes chicos blanco
J’ai le cul gercé de boyau.
JEAN
Tu peux arrêter de chanter, j’ai compris. Ça vaut quelque chose. Je t’achète.
LEFILEUR
Par les plumes de la mère La Poule, il t’achète. T’es le Rimbaud de la poésie.
JEAN
Oh ! les humains, je ne paie pas un Rimbaud, il est mort depuis cent cinquante ans.
LEFILEUR
Que le temps passe vite !
LECHIEUR
Il a pas eu de chance.
JEAN
Je vais être honnête, tes chansons sont de la bouse, mais je peux en faire de l’engrais. Quant à toi, son vaporisateur de sucrettes, pouille-pouille sinon tu n’auras pas un kopek.
LEFILEUR
Jean, on s’ connait depuis longtemps, j’aime pas les kopeks, je veux de l’euro.
JEAN
On se connait depuis hier, quand tu m’as abordé pour me dire que tu avais trouvé la poule aux d’or. C’était pas exactement tes mots, mais c’était le sens.
LECHIEUR
J’ai dit : « y a le show biz à niquer, l’argent ailé à voler, le mec à faire ça j’l’connais. +
JEAN
C’est exactement tes mots.
LECHIEUR
Je suis dans le ciel
Avec moi le rap est bel
J’ai un partner
Avec lui plus en terre.
JEAN
Doucement mon joli, tu pourras chanter autant que tu voudras quand tu auras signé ça. Il sort un document. Tu signes là. Pas là, là. Pourquoi il rigole ?
LEFILEUR
Heureux il est.
JEAN
Voilà. Il lui tend un dictaphone. Écoute bien. À partir de maintenant…tu peux arrêter de rire. À partir de maintenant tout ce que tu produiras m’appartiendra.
LECHIEUR
J’peux avoir une avance ? JEAN lui donne cinquante euros.
LEFILEUR
Et moi. JEAN lui donne vingt euros. Pas assez, t’as un cœur de pierre, veux pas une rançon alimentaire, si pas de flouze, je stoppe la music.
JEAN
J’te prenda aussi dans mon écurie. Il lui tend un contrat. Tu signes.
LEFILEUR
Pas là comme Lefileur.
JEAN
Pour toi, ici. Un dictaphone comme ton
LECHIEUR et LEFILEUR chantent ensemble.
No milk a day
Tu stoppes le micro
C’est le do ré mi
Qui fait d’nous ce qu’on est
Bombe atomique
Poison de la vie publique
Les vieux rappeurs m’assomment, vive nous pour la bonne.

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