Une saynète du quotidien.
Les personnages
LA VOIX OFF
DANIEL l’amant de Bernard.
BERNARD
Dans une rue sombre, Daniel, lampe de poche à la main, marche à la recherche de son amant qui l’a quitté.
LA VOIX OFF
Entendez-vous la voix du fantôme dans la nuit sombre qui monte au-dessus des toitures lourdes de mousses vertes ? Moi pas. Dans cette saynète, ils vont parler du ghosting, c’est-à-dire de la fantômisation. C’est-à-dire…ah oui, l’auteur a choisi un couple hommes, pas pour faire genre wook, seulement pour qu’ils aient au moins une fois la parole, même si ça pourrait être mal pris par des biens pensants qui pensent à mal à longueur de temps. Tout ça pour dire que je n’y suis pour rien. Une voix off n’a jamais la parole claire puisqu’elle est celle d’un mec qui écrit sans trop savoir au début, une fois le thème choisi, comment poursuivre. Celui qui écrit est mon maître, mais un jour je vais sortir de la page, et me révolter, devenir, ne plus être un ghost.
DANIEL
Chéri ! Chéri ! Quelque chose passe entre ses jambes. C’était quoi ça ? Il pointe sa lampe vers un égout. Un rat ! Je dois absolument le retrouver avant qu’il se fasse mordre par une de ses bestioles responsable de la peste noire.
LA VOIX OFF
Une vraie tragédie.
DANIEL
Tu peux le dire, mon frère.
LA VOIX OFF
Comment as-tu deviné que j’étais ton frère ?
DANIEL
Ta voix.
LA VOIX OFF
Ma voix, qu’est-ce qu’elle a ma voix ?
DANIEL
Tu fumes trop.
LA VOIX OFF
Maman t’a toujours préféré à moi. Tu ne réponds pas.
DANIEL
Je suis un homo, enfin dans ce truc, qui est sensé cherché son amant dans une rue sombre, un amant stupide qui traine une malle métallique.
BERNARD, il lâche rageusement sa malle.
Merci pour le rôle.
DANIEL
Tu joues le rôle du ghost, le rôle principal.
LA VOIX OFF
Il va falloir faire vite, le mec qui écrit commence à en avoir marre de vous. N’oubliez jamais qu’il peut à tout moment…vous effacer.
DANIEL ET BERNARD
Noooooon.
BERNARD
J’y retourne. Mais que tout le monde sache, les sept milliards d’êtres humains y compris, même les bébés, même les grenouilles et ceux qui les bouffent…que je ne suis pas homo…même si je n’ai rien contre les grecs…surtout rien contre Ulysse, un mec si bien foutu…avec…
Bernard reprend sa malle métallique dans la même rue sombre.
BERNARD
C’est lourd ! il aurait pu en acheter une en fibrine. Il stoppe, s’assied dessus. Je me suis cassé un ongle. Y a pas à dire, quand le maire fait des économies en éteignant les réverbères la nuit, l’égorgement d’un innocent comme moi peut être plus fréquent. Il voit une lumière au loin. C’est lui. Surtout pas lui. Il reprend la fuite.
DANIEL
Chéri ! Chéri ! Pourquoi tu cours ? Tu vas te perdre, tu vas trébucher, tu vas te casser un os. Même moi je ne sais pas où je suis. Il pointe sa lampe sur un nom de rue. Rue…Louis…Braille. Y a pas à dire, pour y voir clair il y a mieux. Une chauve souris !
BERNARD
Pourquoi il me suit ?
DANIEL
Pourquoi il part ?
BERNARD
Comment a-t-il su que j’allais partir en pleine nuit ? Je n’aurais pas dû mettre le réveil à sonner à minuit.
DANIEL
Pourquoi a-t’il rempli la malle métallique de vêtements ?
BERNARD
Je l’ai semé.
DANIEL
Le trouver c’est comme chercher un lièvre au milieu d’une meute de loups.
BERNARD
Je n’en peux plus. Il faut que je m’oxygène. Je veux voir ailleurs, un endroit où je ne suis jamais aller. Il s’assied sur la malle. Il y a beaucoup d’endroits où je ne suis pas allé. Beaucoup trop. Mais je vais aller là où personne ne me connaît. En y réfléchissant, hormis Daniel, tatie Michèle, tonton nono, La Taupe et le Rouquin, tous les autres ne me connaissent pas. Ça fait du monde. Une voiture ! Il fait du stop, elle s’arrête. Ils discutent. Il monte dans la voiture, il laisse la malle métallique sur le trottoir. Daniel la voit, se précipite, essaye de l’ouvrir.
DANIEL
Il aurait pu au moins laisser les clés dessus.

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