Une scène de mon tome 2 « théâtre court ».

Les personnages
LE POLICIER, un géant.
LE PROPRIÉTAIRE
Un appartement est cambriolé. Un homme habillé en policier entre.
LE GANGSTER
Haut les mains !
LE POLICIER
C’est gênant, je suis chez moi.
LE GANGSTER
Plus hauts les mains.
LE POLICIER
Je ne peux pas plus hauts ? Le plafond est bas.
LE GANGSTER
Tu as peur de dégueulasser le plafond ?
LE POLICIER
Mes mains sont propres.
LE GANGSTER
Plus haut ! Il défonce le plafond. Tu as défoncé le plafond.
LE POLICIER
Ce n’est pas de ma faute, je suis trop fort. Je ne sais pas si les assurances vont marcher.
LE GANGSTER
N’en profite pas pour les baisser.
LE POLICIER
En fait, pourquoi dois-je lever les mains ?
LE GANGSTER
Si je t’avais demandé de lever les pieds, tu aurais eu l’air ridicule.
LE POLICIER
Je suis ici chez moi et… Il lui pointe le canon de son revolver sous le nez.
LE GANGSTER
Et ?
LE POLICIER
On rigole moins. Je vais vous dire la vérité, ici vous êtes chez vous, pas chez moi.
LE GANGSTER
Que faites-vous ici si vous n’êtes pas chez vous ?
LE POLICIER
Mon phone a la nouvelle application « tu vois à travers les murs ». Je vous ai vu, j’ai cru que vous étiez chez moi alors que vous êtes chez vous.
LE GANGSTER
Moi aussi j’utilise cette application pour mon travail. Pour cambrioler sans assassiner c’est l’application idéale.
LE POLICIER
J’avoue c’est pratique. Moi-même, quand je fais des tournées de sécurisation, je peux rentrer chez les gens sans déranger.
LE GANGSTER
Comme moi. Par contre je n’arrête pas les cambrioleurs.
LE POLICIER
Comme moi.
LE GANGSTER
Vous n’arrêtez pas les cambrioleurs ! Ce n’est pas bien pour un policier.
LE POLICIER
Je peux baisser les bras ? Merci. Je ne suis pas policier.
LE GANGSTER
Comme moi.
LE POLICIER
Je ne suis jamais moi quand je sors de chez moi. Je ne veux pas que quelqu’un me reconnaisse. Je n’aime pas être surveillé.
LE GANGSTER
Je cambriole de temps en temps, ce n’est pas mon vrai métier. Le mien c’est tueur.
LE POLICIER
Le mien, c’est imposteur. Aujourd’hui j’avais envie de jouer le rôle d’un policier ripoux. Une chose m’intrigue, pourquoi mon application ne vous a-t-elle pas détecté ?
LE GANGSTER
Idem pour la mienne. Parce qu’en plus j’avais pris l’option imagerie thermique, catégorie policier. Il aurait dû vous détecter.
LE POLICIER
Nous ne savons plus à quelle application nous fier.
LE GANGSTER
Je faisais tellement confiance à cette marque.
LE POLICIER
Nous trouverons autre chose. Je vais faire comme vous, dès demain je change de téléphone et d’application. Buvons un coup, c’est le proprio qui paie. Whisky ?
LE GANGSTER
Cognac. Vous êtes marié ?
LE POLICIER
Surtout pas, je veux garder mon anonymat. Une femme c’est un réseau social à elle seule. Non, j’ai des maîtresses. Je consomme dans les sites de rencontres.
LE GANGSTER
Je suis plus classique, je vais au bordel.
LE POLICIER
Les sites c’est mieux que le bordel. Ça coûte moins cher. Mais je respecte ta vie.
LE GANGSTER
Tant mieux, parce que je n’aime pas qu’on ne me respecte pas. Son téléphone s’agite. C’est quoi ce bip ?
LE POLICIER
C’est un « bouboubidou».
LE GANGSTER
Mon phone a détecté un être humain.
LE POLICIER
Vous n’êtes pas chez vous !
LE GANGSTER
Nous sommes chez lui. Il lui montre une photo.
LE POLICIER
Le proprio. Bas. Votre portable fait « bouboubidou » quand il détecte un être humain.
LE GANGSTER
Il doit être bourré. Le proprio. Il n’arrive pas à mettre les clés dans la serrure.
LE POLICIER
Le mien fait bip, c’est plus simple. Le propriétaire rentre en sifflotant.
LE PROPRIÉTAIRE
Tiens un policier ! Tiens un gangster ! J’ai comme l’impression que la soirée n’est pas terminée. Il va vers le bar et se sert verre. Whisky ou cognac ? Je vais prendre un whisky.
LE GANGSTER
Haut les mains !
LE PROPRIÉTAIRE
Qui a défoncé mon plafond.
LE POLICIER
C’est moi. Je m’excuse.
LE PROPRIÉTAIRE
Pourquoi la police défoncerait mon plafond ?
LE GANGSTER
Haut les mains ! Pas vous, vous.
LE PROPRIÉTAIRE
Je tiens à vous dire que je suis assuré. Tout ce qu’il y a dans cet appartement appartient à ma femme. Maintenant je suis fatigué, je vais dormir.
LE GANGSTER
Où est l’argent ?
LE PROPRIÉTAIRE
Vous êtes des rabat-joie. De l’argent, de l’argent ! Il s’endort.
LE GANGSTER
Réveillez-vous ! Où est l’argent ?
LE PROPRIÉTAIRE, au policier
Vous pourriez l’arrêter.
LE POLICIER
L’habit ne fait pas le policier. Je me présente, je suis un imposteur.
LE PROPRIÉTAIRE
C’est votre nom ?
LE POLICIER
Non ! Je vais me répéter, je veux vivre anonymement. Je me déguise à mon goût quand je sors de chez moi. Un jour maçon, un autre ministre, ce matin j’ai eu une envie de policier.
LE PROPRIÉTAIRE
Ici c’est chez ma femme. L’argent est sous le matelas. Je la déteste. Elle me trompe avec le premier qui se connecte. En plus de voleur, vous ne seriez pas tueur par hasard. Je vais devoir divorcer pour préserver mon honneur, je ne veux pas rien lui laisser. Rien.
LE POLICIER
Vous n’avez pas fait de contrat de mariage ?
LE PROPRIÉTAIRE
Elle a voulu en faire un, moi je n’en voulais pas.
LE GANGSTER
Combien pour la buter ?
LE POLICIER
Tuer, tuer ! Il change de boulot, il va devenir tueur. Votre contrat serait le bienvenu pour se lancer.
LE PROPRIÉTAIRE
Un million, un million pour m’en débarrasser.
LE GANGSTER
J’achète pour un million.
LE POLICIER
Il est tard, je suis heureux de vous avoir connu, personne ne m’attend chez moi, je rentre chez moi.
LE GANGSTER
Qu’est-ce que vous faites ?
LE POLICIER, il se déshabille
Pour rentrer je vais me déguiser en femme.
LE PROPRIÉTAIRE
Prenez ce que vous voudrez dans la penderie de ma femme. Il se déguise en femme. Vous ressemblez vraiment à une femme. Je dirai même plus, vous ressemblez à ma femme. Vous n’allez pas rentrer chez vous. Dormez ici, dehors il n’y a que des sadiques. Vous risquez le viol.
LE GANGSTER
Tant que vous y êtes, vous pourriez me loger pour cette nuit ?
LE PROPRIÉTAIRE
Je ne suis pas un ingrat. Vous dormirai dans la chambre d’ami.
LE GANGSTER
J’ai oublié de vous le dire, elle m’a donné deux millions.
LE PROPRIÉTAIRE
Qui ?
LE GANGSTER, il tue le propriétaire. Allons-y ma jolie, la nuit est à nous.

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