JOURNAL 2000, extraits.

0ohoo an 2000

Il y a des âmes sur les têtes de gondole à mourir dans les souvenirs.

Le baratin de l’an 2000 est une merveilleuse machine médiatique.

La fête sur les Champs Elysée fausse ma joie d’être devant la cheminée avec mes enfants, la télévision allumée.

Un jour de plus qu’hier et aujourd’hui n’est plus comme hier et demain ne sera pas comme aujourd’hui, et les jours passent feu d’artifice du temps jusqu’ à l’extinction de toutes choses.

 Le 4 janvier

Tout est à redire, à recycler, rien à écrire, seulement tout réécrire. Celui qui parle comme il écrit avec intelligence est un écrivain, je pense évidemment à ce grand raciste de Céline. Mais plus, celui qui écrit comme il parle essaye d’être autre chose.

Le 6 janvier

« Je possède un patrimoine de 20 millions de francs. Le CAC chute de 8 pour cent ! Une catastrophe.

– Mon patrimoine ? 10 millions. Vous avez vu le CAC. Mon Dieu, faites quelques chose.

– 1 million…il chute…je perds 80000f. Une Twingo.

– J’ai investi 100f à la bourse. Je reviens du supermarché, il y avait des soldes. »

Le 7 janvier

La vérité d’ hier est une histoire aujourd’hui, au pire elle a tué, au mieux elle n’existe plus.

Le 11 janvier

Quand les résultats des rayons sortirent, celui de Brunet apparurent tellement mauvais que son incompétence fut solennellement programmée, et on le vira.

La tempête suicida le bois au bout de notre lotissement. Ce midi en accompagnant les enfants à l’école, que du bois mort.

Pendant une conversation avec un client, une maison de cent cinquante mètres carré, mais qui paraissait encore plus vaste qu’un palais des glaces, se dressa dans le magasin, contre la tête de gondole située à l’entrée de la réserve. Après avoir dit “oui” quinze fois dans le vide, le client s’ étant déjà éloigné, je sortis le téléphone portable de ma poche pour alerter ma femme que notre rêve se réalisait là, devant moi, une maison avec des fenêtres plein les murs. Il ne restait qu’ à payer. Et la journée continua.

S… assise sur le canapé bleu, N…, à même le sol, prés de F… distribue les cartes nerveusement, en regrettant les bons as qu’il n’aura certainement pas. Le pyjama rose de F…, les mains tremblantes de N…, le petit sourire de S…, les gros regards, leurs exclamations ne dérangent que les mots jetés sur l’écran.

Le 12 janvier

C’est toujours la même chose, je me lève et déjà j’ai mal au cœur. C’est tout simplement un mal de vivre mort.

Ma mère était une garce, elle est morte le jour de la fête des mères.

Le 15 janvier

J’ai pris mon samedi, le jour des soldes. Un jour extraordinaire pour les affaires. Des affaires, vous avez dit affaires ! Les clients arrivent une heure avant l’ouverture du magasin par froid, vent et marée. Ils croient tous faire une affaire, ils font notre affaire.

En photographiant F… sur son poney, je pensai à la photo finale, et comme ce moment était propice à la réflexion éclair, je la vis au fond de l’album de famille de la fille, de la fille de ma fille. Je décidai de ne plus y penser car une image me frappa, celle de ce temps lointain, celle de ma mort.

Diner au Quick. A dix huit heures. Je tournais la tête de droite à gauche, je cherchais d’autres clients que nous, car l’idée d’ être seul au monde le jour des soldes m’épouvanta. Heureusement, il arriva un couple.

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.

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