DES CHOSES SUR LA CRÉATION

Extraits des notes que j’ai regroupées dans un lexique « Une chips dans un champ de patates. »

…

Si tu n’as rien à dire, ne dit rien.

Hormis quelques milliers de personnes, personne ne maîtrise la technologie que nous utilisons. Au temps des premiers temps de la photographie, du cinéma et même de l’informatique, quand il fallait travailler sur le dos, il y a par obligation l’idée de se former. Puis avec la complexité, on délèguent, on se fainéantisent. Ce n’est pour ça qu’il faut absolument la mettre à toutes les sauces pour faire genre. Au théâtre ça commence à bouffer. La nouvelle création. Comme je sais que tout est égal par ailleurs, tout se vaut pour les spectateurs béats. Pour les autres il y aura un parcours, un vrai travail et un résultat à émotionner.

Les idées viennent et disparaissent l’instant d’une distraction. Ce n’est pas grave, c’était une idée de la distraction. Si elle revient, elle sera sérieuse, de plus en plus sérieuse si elle revient encore. Et encore.

Après la mort, il ne reste rien des grands hommes. Qui en France parmi ses 40 millions d’habitants, si on enlève les jeunes, un seul pourrait seulement donner le tire d’un poème de Victor Hugo ?

Tu ne toucheras au mieux que quelques dizaines de milliers d’individus, mais tu pourras peut-être vivre de ton malaise.

Si tu n’as rien à dire de profond, si tu veux seulement construire un texte, tu auras peut-être du succès, ce que je te souhaite, mais pas grand-chose te restera.

Imaginer est un bordel, un fumier, un recyclage, un hors-dedans. Imagine : tu te sors de toi. Tu travailles dans toi. Tu es l’étincelle, écrire un fondu, tu concrétises une exception.

Tu as quelque chose à dire, dit-le. Avec une orthographe approximatif, une syntaxe populaire, de mots pas maitrisés…écris, tu t’es fous. Écris…développe ton idée, tes scènes, ton caractère jusqu’au moment ou tu jugeras nécessaire de maitriser mieux ta langue plus ordinaire.

La création est un forfait face à l’oubli. Sans pour autant un quitus pour l’éternité qui d’ailleurs n’existe pas.

Ce qui me manque dans l’immédiateté ce n’est pas penser, c’est l’écrire.

Dans les romans il faudrait rajouter de la cacophie, un seul personnage entendrait. « Il est en train de pisser dans l’évier. » Rien de nouveau sauf si l’objet est définition.

Écrire est plus épais que parler.

Je n’écris pas comme je parle, j’écris comme je pense.

Écrire n’est pas une option. Elle est une concentration, j’en suis incapable. Pour mes conneries d’une minute…je suis doué. Pour mes textes courts, j’ai encore de l’effort. Sur la longueur je ne suis rien.

Je n’ose même pas lire ce que j’ai écrit.

Pour écrire ce multiple roman il faut que je ferme les écoutilles.

Seule la ponctuation peut sauver le langage. Pas le silence, la ponctuation.

En dehors du sens, tout peut s’écrire, parce que tout peut se comprendre. J’ai compris le nazisme. C’est seulement avoir exprimé le non-dit qu’il y aura de la résistance : ton point-virgule n’est pas justifié, ce mot n’est pas à adéquat, ta phrase est bordélique. Ce que j’essaye de faire est de donner du sens aux mots qui n’en n’ont pas. La banalité d’une vie, les banalités du mot.

Écrire faut un peu de savoir, Villon en avait, comme Platon, comme nous tous. Oublier le devoir. Se servir de son savoir pour le tremper jusqu’à la noyade dans sa propre, ou malpropre, histoire. Pas faire n’importe quoi. Mais s’entendre. Puis travailler.

Avant d’écrire il n’y a pas sérénité, il y a du repoussoir. Quand j’y suis la tourmente s’apaise, j’ai un peu envie de faire un effort, après si le deuxième arrive il y aura un reste

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.

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