Les personnages
LE GRAND-PÈRE
LA GRAND-MÈRE
Dans une ferme en Limousin, dans les années 50. Le grand-père se balade dans la cour de la ferme, un bébé dans les bras. Il veut rentrer dans la cuisine, la porte est bloquée. Il sonne. Pas de réponse. En sortant un trousseau de clés de sa poche, il laisse tomber le bébé. Il réussit à ouvrir, reprend le bébé et entre. À l’intérieur la grand-mère téléphone.
LA GRAND-MÈRE
Ces Américains, ils sont forts. Yes … yes … Elle voit son mari entrer. Hello darling ! À son correspondant Yes. The teatcher is ill.
Elle raccroche.
LE GRAND-PÈRE
Pour ouvrir la porte j’ai dû chercher les clefs dans mon manteau, en les cherchant j’ai lâché le petit et il s’est cogné par terre. Il a une grosse bosse. Huit serrures sur la porte d’entrée c’est quand même beaucoup.
LA GRAND-MÈRE
Si c’est beaucoup pour nous, c’est beaucoup pour les voleurs. Je ne veux pas qu’on me vole le portrait de grand-père, j’en mourrais.
LA GRAND-PÈRE
Qu’est-ce que tu faisais pendant que je m’essoufflais à ouvrir la porte ?
LA GRAND-MÈRE
Je téléphonais.
LE GRAND-PÈRE
Il fallait raccrocher ou faire patienter ton gogo.
LA GRAND-MÈRE
Oh ! Le petit a une grosse bosse.
LE GRAND-PÈRE
Bien sûr. J’ai dû le lâcher pour ouvrir la porte.
LA GRAND-MÈRE
Notre fils ne nous donnera jamais plus le petit si nous lui rendons cabossé.
LE GRAND-PÈRE
De toute façon je ne sors plus avec lui. Il crie, il hurle il s’étrangle. Il fait peur aux cochons. Ici c’est une ferme, pas un zoo. Au marché les gens me regardent, ils pensent que je suis un kidnappeur. À mon âge on n’a plus d’enfant.
LA GRAND-MÈRE
Ils sont jaloux, le petit est tellement beau. Il ressemble tant à notre fils.
LE GRAND-PÈRE
Notre fils n’est pas né poilu. Espérons qu’en grandissant il ne ressemblera pas à son père : à peine marié et le voilà déjà presque parti à la guerre. En Algérie ! L’enfant pleure
LE GRAND-PÈRE
Je parle de son père et il pleure, il y a un truc.
LA GRAND-MÈRE
Je vais te parler de ta mère. L’enfant se tait
LE GRAND-PÈRE
Il est en plein complexe !
LA GRAND MÈRE
Je ne sais pas, mais tu ne peux pas nier qu’il ressemble un peu à son père.
L’enfant pleure.
LE GRAND-PÈRE
Il ressemble à sa mère. L’enfant se tait. C’est vraiment un complexe du premier degré.
LA GRAND-MÈRE
Il faut absolument lui faire disparaître cette bosse.
LE GRAND-PÈRE
Dans quelques jours il n’y paraîtra plus.
LA GRAND-MÈRE
Un bon beefsteak sur le front et le tour est joué.
LE GRAND-PÈRE
Avec toutes les bosses qu’il a déjà, une de plus une de moins ça ne se voit pas.
Elle prend un beefsteak dans le réfrigérateur et le place sur le front de l’enfant.
LE GRAND-PÈRE
Tu lui mets mon déjeuner sur le front ! Un beefsteak de trois francs ! Tu penses vraiment que nous sommes riches. En tout cas, je vais réclamer ce beefsteak à notre fils quand il viendra chercher le petit.
LA GRAND-MÈRE
Depuis quinze jours qu’il traînait dans le réfrigérateur il n’était plus bon.
LE GRAND-PÈRE
Ce n’est pas une raison pour le gaspiller.
LA GRAND-MÈRE, buvant du thé
Il dort.
LE GRAND-PÈRE
Tu bois beaucoup de thé.
LA GRAND-MÈRE
Le professeur nous a dit que les Anglais boivent du thé toute la journée.
LE GRAND-PÈRE
Et tu crois qu’en buvant du thé tu apprendras mieux l’anglais ?
LA GRAND-MÈRE
À mon âge je n’ai pas de temps à perdre. Si demain on me disait que pour parler anglais il faut que je mange des cuisses de grenouilles, et tu sais que je déteste les cuisses de grenouilles, hé bien j’en mangerais.
LE GRAND-PÈRE
Tu me saoules avec tes discours.
LA GRAND-MÈRE
Ne te saoule pas, notre fils vient chercher le petit dans une heure. Ton papa est en permission. L’enfant pleure. Ne pleure pas, ta maman arrive bientôt. L’enfant continue à pleurer. Tes parents viennent te chercher.
LE GRAND-PÈRE : Il continue de pleurer ?
LA GRAND-MÈRE
Maman, ta maman, ta belle maman… Il pleure toujours. C’est certain il a truc qui est déréglé.
LE GRAND-PÈRE
Comme s’est dit dans le bouquin, il est en plein complexe. Où est le livre ? Il prend le livre et lit. C’est bien ça, à son âge on est amoureux de sa mère.
LA GRAND-MÈRE, elle lui parle délicatement.
Maman. Maman. Il pleure toujours.
LE GRAND-PÈRE
Oh la ! Il change vite d’avis. Normalement ce sont les filles qui aiment leur père. L’enfant se tait
LA GRAND-MÈRE
Il ne dit plus rien. Tu as dit « père » et il ne pleure plus.
LE GRAND-PÈRE
Je ne veux pas être accusé de quoi que ce soit. Ne parlons plus de ses parents. De l’un comme de l’autre.
LA GRAND-MÈRE
On pourrait parler anglais. Il ne comprendrait rien, nous serions tranquilles.
LE GRAND-PÈRE
Je ne sais pas parler anglais.
LA GRAND-MÈRE
Tu viendras à l’université avec moi. En attendant l’heure du cours.je vais t’apprendre.
Elle chante.
My honey is over the ocean
My honey is over the sea…
Le grand-père et la grand-mère reprennent en chœur.

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