ALZHEIMER,Théâtre court tome 9, extrait.

Les personnages

UN HOMME

UN MATHÉMATICIEN

HENRI

Un homme court en robe de chambre en pleine nuit. Un automobiliste mathématicien s’arrête.

UN MATHÉMATICIEN

Monsieur, avez-vous besoin de quelque chose?

UN HOMME

Ma foi non.

UN MATHÉMATICIEN

Un problème de foie vous dites ?

UN HOMME

Ma foi non.

UN MATHÉMATICIEN

Vous êtes en robe de chambre en pleine nuit.

UN HOMME

Vraiment !

UN MATHÉMATICIEN

Vraiment. Il fait nuit.

UN HOMME

Vraiment ! La nuit !  Je dois être distrait, je n’avais pas remarqué. Je sais pourquoi. Je ne porte pas mes lunettes. 

UN MATHÉMATICIEN

Vous les portez.

UN HOMME

Vraiment ! Oui, je les sens. Avec les doigts, parce que je ne sens plus rien avec le nez depuis le Covid.

UN MATHÉMATICIEN

Je pourrais peut-être vous accompagner.

UN HOMME

Certainement.

UN MATHÉMATICIEN

Où cela ?

UN HOMME

Là où mes pantoufles me porteront.

UN MATHÉMATICIEN

Elles sont très belles.

UN HOMME

Il y en a qui le disent.

UN MATHÉMATICIEN

Ceux qui le disent ont du goût.

UN HOMME

Je ne sais pas, je ne les connais pas.

UN MATHÉMATICIEN

Ils disent que vos pantoufles sont belles sans que vous sachiez qui ils sont.

UN HOMME

C’est exact.

UN MATHÉMATICIEN

L’exactitude est une de mes qualités, je suis mathématicien.

UN HOMME

En voilà une idée !

UN MATHÉMATICIEN

Je sais. Mon père était fumiste, il voulait absolument que je prenne sa place, j’ai préféré suivre les conseils de ma mère.

UN HOMME

Votre mère était intelligente.

UN MATHÉMATICIEN

Une mère au foyer, tout en adorant faire des additions. Un kilo de farine plus un kilo de sucre égal deux kilos de mixture.

 UN HOMME

Moi aussi je connais une addition. Il réfléchit. Je ne m’en souviens plus pour l’instant…elle va revenir.

UN MATHÉMATICIEN

Voilà donc l’addition qui nous rapproche. Mais l’heure avançant, si vous n’avez besoin de rien je vais continuer ma route.

UN HOMME

J’ai bien besoin de quelque chose.

UN MATHÉMATICIEN

Je vous écoute.

UN HOMME

J’aurai besoin d’un gratte-dos.

UN MATHÉMATICIEN

Moi aussi.

UN HOMME

Vous aussi !

UN MATHÉMATICIEN

Vous ne savez pas combien d’êtres humains demandent un gratte-dos !

UN HOMME

Je ne sais vraiment pas. Combien ?

UN MATHÉMATICIEN

Qui pourrait le savoir, nous sommes tellement nombreux sur cette terre. Par exemple, monsieur Pondut, mon voisin, qui est un commissaire de police renommé, je ne sais pas s’il aimerait un gratte-dos pour son noël.

UN HOMME

N’importe quoi ! Un gratte-dos fera toujours plaisir à celui qui voudrait se gratter le dos le soir avant de s’endormir.

UN MATHÉMATICIEN

Je devine que vous aimeriez vous gratter le dos. J’en ai justement un dans mon coffre.

UN HOMME

Si vous en avez un dans votre coffre, vous n’allez pas en demander un pour Noël.

UN MATHÉMATICIEN

Certainement.

UN HOMME

Alors qu’allez-vous demander ?

UN MATHÉMATICIEN

Une femme.

UN HOMME

Ce n’est pas commun.

UN MATHÉMATICIEN

Vraiment ?

UN HOMME

En tant qu’homosexuel j’aurais demandé un homme.

UN MATHÉMATICIEN

Vous avez raison, j’hésite. D’un côté une femme ça réchauffe.

UN HOMME

Un homme aussi.

UN MATHÉMATICIEN

Une femme a beaucoup de goûts pour décorer une maison.

UN HOMME

Un homme aussi.

UN MATHÉMATICIEN

Je vais demander un chat.

UN HOMME

Justement ma chatte à mis bas de cinq chatons. .

UN MATHÉMATICIEN

C’est-à-dire…

UN HOMME

Justement je ne sais pas. Elle était seule dans son panier et le lendemain ils étaient six. La bonne m’a dit qu’elle avait mis bas.

UN MATHÉMATICIEN

Bas !

Henri  passe à proximité.

UN HOMME

Lui va savoir. Henri, je peux te poser une question ?

UN MATHÉMATICIEN

Vous le connaissez ?

UN HOMME

C’est mon voisin. Henri, Henri, c’est moi. Il sort une lampe de poche et s’éclaire le visage.

HENRI

Laissez-moi tranquille ou j’appelle la police.

UN HOMME

Mais c’est moi. Moi. Tu me reconnais. 

HENRI

Ah c’est toi ! Je pensais que tu étais quelqu’un d’autre. Que fais-tu dans la rue à cette Heure-là ! Il voit le mathématicien. Ah je comprends !

UN MATHÉMATICIEN

Vous vous trompez. Je me suis arrêté pour aider monsieur. Qu’auriez-vous fait si l’aviez vu en robe de chambre dans la nuit ?

HENRI

Rien. Il vit en robe de chambre du matin au soir.

UN HOMME

Ce sont les seuls vêtements que je supporte.

UN MATHÉMATICIEN

Même dans les magasins ! À la préfecture ?

UN HOMME

Même si j’y ai de bons copains, je ne mettrai jamais un pied dans une préfecture.

UN MATHÉMATICIEN

Pourquoi ?

UN HOMME

J’ai mes raisons que la déraison n’a pas.

HENRI

Vous êtes son ami ?

UN HOMME

Mais non, il est mathématicien.

HENRI

Je ne sais pas si je pourrais t’aider.

UN MATHÉMATICIEN

Il faut que je rentre chez moi.

UN HOMME

Tu vas rester, tu as droit à un chat avant noël.

HENRI

Qu’attends-tu de moi?

UN HOMME

Ma bonne a dit que ma chatte avait mis bas. Si mettre bas c’est se reproduire, je trouve l’expression vulgaire.

HENRI

Je suis ton voisin, dans une certaine mesure ton ami. Donc, mettre bas…Comment tu as pu connaître cette expression ?

UN HOMME

C’est ma bonne, quand elle a vu ma chatte avec des petits elle m’a dit « elle a mis bas ». Pour un homme comme moi mettre bas c’est l’avoir basse.

HENRI

Mettre bas c’est se placer dans une situation nouvelle.

UN HOMME

Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Voilà pourquoi j’ai eu envie de prendre l’air, qu’il m’a trouvé. J’étais émotionné. Je rêvais d’une sorcière…la méchante…elle envahissait la maison…puis me voilà dans la rue.

UN MATHÉMATICIEN

Vous auriez pu me le dire dès le début. J’ai une grande maison à trois pas d’ici, j’aurais pu vous loger… pour une nuit.

UN HOMME

Une !

UN MATHÉMATICIEN

Je ne voulais pas faire l’intellectuel en disant un million.

HENRI

Donc,  ta chatte a baisé avec un chat, et le résultat se retrouve dans les chatons.

UN HOMME

Je n’abandonnerai  jamais ma…mon chat…et les bas.

UN MATHÉMATICIEN

Je vais y aller. Je vais tous les prendre.

UN HOMME

Pour une nuit ?

HENRI

Moi j’y vais, j’ai une femme et trois gosses qui sont vraiment hauts dans la connerie depuis TikTok.

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.