Qui se rappelle de l’affaire du sanglier Maurice en Haute Vienne? En voici une extrapolation.
Les personnages
VOIX OFF
LE JUGE
MAURICE
LE PROPRIÉTAIRE : unijambiste.
Dans une cour de justice.
VOIX OFF
Quand je vois comment ce propriétaire est mal traité par son sanglier, j’ai envie de devenir chasseur-tueur.
LE JUGE
Sanglier Maurice, reconnaissez-vous le fait que nous vous reprochons ?
MAURICE
Je ne reconnais rien, et en plus je ne connais aucune des personnes présentes.
LE PROPRIÉTAIRE
Tu ne peux pas dire que tu ne me connais pas, je suis ton maitre.
MAURICE
Je n’ai ni Dieu ni maitre, je suis un sanglier libre.
LE PROPRIÉTAIRE
Tu as sur la cuisse le tatouage de mon élevage.
MAURICE
Sale nazi.
LE JUGE
Sanglier Maurice, ici, nous ne sommes pas dans une porcherie.
MAURICE
Je m’appelle Maurice. Avec votre « sanglier Maurice », vous me renvoyez sur le groin en permanence à mes origines. C’est du racisme.
LE JUGE
Très bien, adieu sanglier Maurice, nous vous nommerons simplement Maurice.
LE PROPRIÉTAIRE
Je l’ai toujours appelé Momo, ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer d’habitude.
MAURICE
Ai-je vraiment la tête d’un humain ?
LE PROPRIÉTAIRE
Pour moi, avant que tu me bouffes la jambe, tu étais de ma race.
LE JUGE
Reconnaissez-vous lui avoir mangé la jambe.
MAURICE
Monsieur le juge, il voulait m’égorger pour faire du paté et autres saloperies. Qu’auriez-vous fait à ma place ? C’était de la légitime défense.
LE JUGE
Le sujet est complexe.
LE PROPRIÉTAIRE
Monsieur le juge, qui en France n’a jamais dégusté un bon pâté de sanglier de la maison Callux, c’est le nom de ma maison.
LE JUGE
Vous avez donné un nom à votre maison ?
LE PROPRIÉTAIRE
C’est une marque commerciale.
MAURICE
Surtout la maison de l’horreur.
LE JUGE
Pour ma part, je ne peux pas connaître votre marque puisque je ne mange pas de charcuterie.
MAURICE
Monsieur le juge, avec ses simples mots, vous êtes devenu mon idole. Monsieur le juge, adoptez-moi.
LE PROPRIÉTAIRE
S’il veut t’acheter, je n’y vois pas d’inconvénient.
LE JUGE
C’est-à-dire que j’habite dans un appartement, certes j’ai deux chambres…Pour savoir, combien le vendriez-vous ?
MAURICE
C’est un bonimenteur, vous prenez son prix et vous le divisez pas deux.
LE PROPRIÉTAIRE
Deux cent euros.
MAURICE
Je vaux au moins le triple.
LE JUGE
Pour cent euros, je vous en débarrasse.
MAURICE
Il y a anguilles sous roches.
LE PROPRIÉTAIRE
Je peux tout vous dire puisque vous allez l’acheter. Il est malade, je devais l’égorger non pas pour faire du pâté, mais pour le bruler pour qu’il ne contamine pas l’élevage.
LE JUGE
Dans ce cas-là !
MAURICE
C’est un menteur. Je suis aussi sain que vous.
LE JUGE
Je ne suis pas une référence, j’ai un cancer de la prostate.
MAURICE
Je suis foutu.
LE JUGE
J’ai entendu vos arguments à l’un et à l’autre, vous pour le bruler, vous pour ne pas finir en pâté. Compte tenu que vous lui avez mangé sa jambe, Maurice, je vous condamne à lui payer une greffe de jambe.
MAURICE
Où vais-je trouver l’argent ?
LE JUGE
Vous avez une très belle éducation, vous parlez très bien, engagez-vous dans un cirque.
MAURICE
Lequel ?
LE JUGE
Vous n’aurez que l’embarras du choix. Je ne connais pas un cirque qui ne paierait pas pour avoir dans sa troupe un sanglier qui parle.
LE PROPRIÉTAIRE
Mon Momo, tu es unique.
LE JUGE
Pour que vous ne fuyiez pas, nous vous mettrons sous bracelet électronique. Monsieur Maurice, vous êtes libre.
LE PROPRIÉTAIRE
La greffe devra se faire en Suisse. Je veux choisir la jambe du donneur. Une jambe de sportif de préférence. De la même couleur, pour l’esthétique.

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