C’EST L’HEURE DU BAIN

c’est l’heure du viol. Une paranthèse sur l’affaire Pélicot.

Extrait de mon roman « La Violée », premier de la tétralogie de « Les Plaies ».

« C’est l’heure du bain. » Ouais, je sais.

Le fond du jardin c’est le paradis, la salle de bain, le fond du trou-du-cul du monde, mon abattoir personnel, les deux gros porcs des bouchers. Bouchers ! C’est encore trop bien, Sont des jouisseurs, que ça, mille fois pire que les divorcés. L’homme de maman, cet oncle, des violeurs de vie plus que de la chatte. Le père est pas croyant, le machin du haut pour lui est une fumisterie, craint rien de ce côté.  Comme il n’y a rien eu avant, qu’il n’y a rien après, les salauds profitent. Exactement comme les hommes en rouge. Tout se justifie. Nous ne sommes pas des parallèles, des lignes brisées malheureusement.

« C’est l’heure du bain. » Oui, c’est l’heure. Il faut y passer à la blanchisserie. Mes plongeons dans la terre pour trouver mes amis l’ont excité. « Oui papa, dans une minute ».

Allez les copines, c’est l’heure de la bouffe. Le bras tendu en avant, je cours, cours vers le poulailler, OK. La caisse en bois collée contre la palissade glisse pas…pas plu… je monte donc sans difficulté dessus, de la hauteur je domine mon monde. Un grillage fait office de toit. Je peux sans effort jeter les rampants qui tombent au sol sans possibilité de survivre. Les poules caquettent et grattent la terre. Dans le poulailler à un pas, elles en réclament encore avec des gosiers échauffés, du manger. J’en jette encore de la bouffe aux poules, j’en garde quand même quelques-uns.

« Encore faim, hein les mignonnes ! »

Le père crie rageusement mon prénom.

« Je ramasse les œufs et j’arrive », je réponds.

Je jette un coup d’œil derrière pour qu’ils zieutent bien ma mauvaise humeur et ma lucidité. Quel beau spectacle que les deux dégueu sur la terrasse !

Les derniers condamnés à mort ils se tortillent dans la main. Pourquoi vous vous agitez ainsi ? Vous savez que vous êtes mes meilleurs amis animaux. Je vous aime. Et puis je sais que vous n’avez pas de cerveau, pas de cerveau, encore la peur de la mort.

Maintenant dans le poulailler. De la merde, il y a plus de terre, que de la fiente, une merde qui ravit la poulette Julie Avec les minis bottes achetées par le taré je suis protégée de la merde pas des obsessions. C’est lui, il a acheté les bottes, maman n’y a pas vu mal, me botter comme dans le clip de la BB. Son seul fantasme vestimentaire. Un œuf. Encore de nouveaux trous qu’elles ont creusés dans la terre, un champ de Verdun. On pourrait penser qu’elles ne veulent plus pondre pour ne plus se répandre dans cette merde, mais non, c’est qu’elles attendent un coq. L’autre l’a dit. Maman a approuvé. Donc un coq sera acheté.

Enfermée comme elles je jette les derniers vivants. Je voulais en garder, mais non, la terre en était peuplée immodérément. Un de moins des milliers de plus. L’asphyxie. Un à un les longs bouts de viande qu’elles attrapent à la volée, les poules affamées, elles les bouffent.  Pour celui-ci, deux d’entre elles se battent. Chacune a pincé dans le bec une extrémité, elles tirent en s’opposant. Je m’étonne, le ver de terre ne crie pas, pas de souffrance quand il se casse en deux. Les poules qui caquettent, on dirait qu’on les égorge alors qu’elles bouffent. Oui, la jouissance c’est encore un grognement, une plainte, ou une prière pour que le vice revienne. Je voudrais que mes amis les vers me demandent de ne pas mourir. Qu’ils me supplient, qu’ils disent que je ne suis pas coupable. Mais non. Rien. Pas un mot dans la tête. Je suis déçue, énervée, je n’ai plus une munition, les mains vides. Les vers ne savent vraiment pas souffrir réellement en gueulant.

« Y a pas d’œuf , je crie. » Il est pris dans un délire avec son beau-frère, ce tonton macoute. Pourtant, jusqu’à ce qu’il devienne un salaud, avec l’autre, il était le deuxième homme de ma vie. Je connaissais deux hommes, ils sont devenus des détritus.

*

Avant la mort de Lætitia déjà Mamie était malade, ne pouvait plus fumer, son visage à découvert il était pâle, sans doute avait-il toujours eu cette couleur de blanc cassé…avant, comme il était caché par la fumée, comment pouvait-on deviner ?

Je pense aussi puisqu’elle ne fume plus, elle guérira vite, je la verrai moins qu’au temps de sa bonne santé, encore pourtant. Au moment de sa maladie, au début, il y a trois ans, elle était venue se reposer chez nous. Maman lui avait donné leur chambre plus confortable que la chambre d’amis qui ne servait à rien. Aucun ami n’a jamais couché chez nous, d’ailleurs ils n’ont pas un ami.

À cette époque rien n’avait encore commencé. Les femmes me semblaient fragiles, moins belles que les hommes, si insignifiantes. Si quelqu’un avait demandé mon avis dans le creux de l’oreille…choisir entre père et mère, oui… c’est elle que j’aurais donnée à la maladie…oui, à ce moment, j’aimais plus un père qu’une mère. Même si jamais maman elle  n’embrassait ma joue droite sans embrasser la gauche, même si jamais maman passait pas une journée sans me sourire, même si jamais elle rêvait en mal de moi…je choisissais mon père. Avant, oui avant, je ne faisais pas de rêve d’elle sans lui, toujours une seule pensée pour les deux. Pourquoi je le préférais lui ? Je n’ai jamais eu  envie d’être grande.

Mamie en eut vite marre d’être chez nous. Elle avait fait une erreur en venant. Elle voulait rentrer chez elle, à Perpignan, elle aurait plus chaud. L’oncle, son fils, et la tante, la femme de son fils, venaient prendre des nouvelles chaque jour. C’était gentil, un cancer au début c’est sérieux même pour une grande personne. C’était en mars, le début, un dimanche, il y eut quelques jours exceptionnels de beaux temps, alors ils ont voulu profiter des premiers jours de beaux temps, de manger sur la terrasse, pour aussi s’aérer et donner de l’air frais à Mamie. On sortit la table, le barbecue, et la tante cuisine. La belle soirée. La dernière de ma vie. Puis elle a toussé, elle avait armé un fusil à répétition, des balles de postillons. Elle s’est excusée, elle ne voulait pas déranger, elle était si fatiguée.  Maman l’a accompagnée dans la chambre. Ce fut ce soir-là qu’elle lui promit de venir la voir le plus souvent possible chez elle, à Perpignan. Le lendemain matin, au petit déjeuner, maman a précisé tous les mois, Mamie semblait rassuré, un engagement fixe, sa fille pas de paroles en l’air. Pour le retour, elle prit le train. Heureusement ! Quoique…Quelques semaines plus tard je fus malade. Avec les poules, je me rappelle le début. Maman a demandé que je dorme entre eux pour accélérer la guérison. La première nuit, rien. La deuxième rien. Ce fut à la troisième…elle dormait comme après avoir reçu un coup de massue, il se saisit de ma main pour la poser sur sa poitrine. Ses poils me chatouillaient. «Ne ris pas, ne réveille pas maman ! » Puis pour jouer j’ai pensé, lui aussi met sa main sur ma poitrine…rires contenus…comme pour me chatouiller. Mais sa main descendit plus bas…j’avais envie de faire pipi…il me tripota et me fit mal quand il rentra son doigt…j’ai commencé à pleurer…chut tu vas réveiller ta mère…il soufflait fort dans mon cou …je me suis mis en position bébé…il se colla contre moi fortement…je le sentis pour la première fois. Puis tout s’arrêta. Il me demanda de dormir, que le jeu était terminé.

Il ne se passa plus rien pendant des mois jusqu’à ce samedi où maman était partie rendre visite à Mamie, à Perpignan pour le week-end. Ce matin-là il se montra nu. Il laissa la porte de la salle de bain ouverte tandis qu’il s’essuyait après avoir pris une douche. Nu. Je le voyais. Il le savait. Il se frottait tellement soigneusement, surtout sa tour de Babel, partie secrète et chacune des parties de son corps, il les caressait langoureusement. Cette première fois je fis un pas de côté en tentant de jeter le regard ailleurs, en suffoquant presque, je retenais trop la respiration. Pourtant ce samedi-là j’ai vu l’image nouvelle, un homme nu…le cou…le torse velu…les bras musclés…les jambes…la chose, un sexe différent de ma fente. Je le vis, j’avais oublié que c’était mon père, pour être honnête, pas complètement le corps du père.

*

«J’ai trouvé un œuf, je crie. » Je mens, il faut bien les faire patienter. Je sors du poulailler, retourne dans la terre chercher le manger pour les poules. «Je donne encore à manger aux poules, y a plus de graines.

– Pas plus de cinq minutes, il répond. »

Les rosées de l’été leurs donnent une peau modifiante. Il fallait que je trouve un œuf. Un. Dans la terre merdeuse.  Là, dans le coin, côté paille. Qui était la mère de l’œuf ? Les poules déchiquètent les restes de vers. Je crache des gros mollards dans mes mains. Je me shampouine avec. Pour tout à l’heure. Je prends encore de la terre merdeuse du poulailler dans la main, je crache encore sur la terre, avec la boue je maquille mes joues. Je deviens sale.

Je suis maintenant laide, j’ai mon œuf ? Je peux y aller. J’avance vers eux, je suis prête. Le père en avait marre d’attendre, il titube, me prend la main violemment. 

«T’es dégueulasse à gratter la terre, à chercher tes bestioles. Tu vas aller prendre un bain.

– Il est tôt. Avec maman c’est à dix-huit heures, je dis froidement.

– Moi c’est maintenant. Tu es une saleté ambulante. Tes cheveux ! Tes joues ! Toujours la même histoire quand elle n’est pas là, qu’il dit l’alcoolique. » Je sais, quand il est comme çà, naturellement il préférerait que maman soit aveugle, même morte pour faire ses saloperies plus souvent qu’un week-end par mois.

Il me tord le bras, pas la force pour lui résister. C’est un mauvais moment à passer. En tout cas j’ai eu le temps de prendre une poignée de terre que je mâcherai bientôt. Ne m’embrasseront pas.

L’autre salaud voit la scène sans broncher, en face, encore un verre de cognac à la main. La picole ça lui va comme un gros bide. Ça l’aide aussi à plomber sa mémoire, à bloquer les neurones qui stockent ses mauvaises actions. 

Ce reste de père m’arrache de la terrasse, je frôle cette cave à vins qui met sa main galeuse dans la braguette des fois que ça me ferait quelque chose de le voir ce porc, se toucher. Le tonton-dérangé a un dérangement de plus dans le cerveau que l’autre.

Nous passons par la porte-fenêtre qui donne dans la cuisine ouverte sur le salon…il me traîne dans les escaliers, solidement, fiévreusement…le pallier… le regard pointe sur la poignée de la salle de bain.

«Tu sais ce que tu dois faire. »

Dans la salle de bain, je bouffe ma terre. Je me déshabille. Il est déjà torse nu. La chaleur des possédés. Inutile que je parle, c’est lui, va commencer à me noyer de paroles, de belles paroles, des paroles d’amour, oui parce qu’il faut toujours un alibi pour les pires actions.

Sur internet il y a plein de pornographie. En voilà du vrai amour, de la mécanique, des belles enculées. À huit ans j’en sais plus sur l’accouplement et le sexe que sur le conjugal. C’est en cherchant le mot pédophile que j’ai découvert ce site. Bien beaux les hommes et les femmes, pas malheureux du tout, même qu’ils gagnent de l’argent, puisque d’autres payent pour les voir. Il n’y a pas de pourriture dans le virtuel, la pourriture elle est ici. En ce moment. Quand le père remplit la baignoire en me zieutant. Eux, les acteurs, ils baisent, sont fiers de le faire. Ce qui me rend joyeux dans ce site est que les femmes décident, pas toujours…beaucoup de fois, plus que dans la réalité. En plus y a des héroïnes, y a des fois ce sont elles qui enculent les hommes, sauvagement, avec un pénis en plastique, ou en bois. Un énorme morceau de bois dans le cul de l’homme, le rêve. 

«Tu sais pourquoi tu dois être gentille ? »

C’est parti pour les mots d’amour. L’oncle arrivera après, lui il attend que les mots soient terminés pour venir et se masturber devant moi. « Papa t’aime. Si tu savais combien je t’aime ! Maman ne pourrait pas comprendre alors je ne lui en parle pas de l’amour que j’ai pour toi. Plus que ton oncle. Lui aussi il t’aime …moins que moi… Bla-bla… A l’école ça va ? Oui, ça va… Bla-bla… Tu es si intelligente. Tu lis beaucoup. Fais attention à tes beaux yeux à ne pas trop lire… Bla-bla…Tu ne peux pas tout comprendre, c’est normal qu’un père aime sa fille comme une petite femme. Parce que tu es une femme de petite taille. » Enfin il se tait. Le cabaret pornographique va pouvoir commencer, il a fini ses mantras, le moment de l’exhibition peut commencer. Il enlève son pantalon. –  Il fait une de ces chaleurs ici. Il faudra que je fasse réviser la chaudière. Moi aussi je suis nue maintenant. –  Tu peux rentrer dans le bain. Tu es une jolie petite femme. La plus charmante des petites filles. Tu sais que je ne te ferais jamais de mal, n’est-ce pas ? Maman ne pourrait pas comprendre. J’aime aussi ta mère, c’est différent. Je ne peux pas aimer ta mère comme toi. 

L’homme-singe dans toute sa bestialité. Reprise du bla-bla. « Je vais prendre le bain avec toi. On fera des économies d’eau… Il faut sauver la planète ! Oui, la sauver. Je t’aime tellement. ». Il me demande de le savonner sans gant, à mains nues, son sexe.

J’entends l’oncle dans la cuisine il se cogne, monte les escaliers lourdement pour se fixer à l’embrasure de la porte. Comme un lapin russe les yeux rouges, la peau violette sombre fissurée, la couleur de la merde.

« Je peux lui faire un bisou ? », demande l’oncle, une haleine à poison.

Le père muet, l’oncle a son accord. C’est quand il essaye d’enfourner sa langue dans ma bouche que je lui crache la terre à la gueule.

« La salope ! »

Il me gifle. L’autre aussi. Leur excitation. Le père pistonne ma main sur sa bite tout en me crachant au visage.

« Je dois te punir. Toi, rince-lui la bouche ! »

Mais il ne pouvait pas l’oncle, il se branlait comme un malade, les fissures couleur de merde envahissaient son visage.

–  Salope de salope, qu’il dit encore et encore, les deux, des fois ensemble…le père met un doigt dans ma chatte, il espère quoi, il fait plus mal depuis longtemps. Avec l’habitude je ne ressens plus rien. – Pas comme la dernière fois, dit le père. Marrant. L’oncle lui en avait mis plein sur le visage de son sperme sur le père. – Fais bien gaffe !  Le père se redresse…lui fait pas confiance, saoul comme il est. Debout dans la baignoire, il se finit en me shampouinant tandis que le carrelage reçoit la giclée de l’autre taré. – Voilà ce qui arrive aux mauvaises filles. Maintenant rince ta bouche. Tout de suite.  Je m’exécute indifférente…ne rien laisser paraître. À peine fini il torture mon visage avec sa langue pendant une ou deux minutes, puis il me l’enfourne dans la bouche, me gifle une dernière fois en sortant du bain. Ils ont fini. – Tu te laves, tu nettoies la salle de bain. Je veux la voir nickel. L’oncle rajoute que ça lui a fait du bien. Lui s’essuie, se rhabille. Ils rigolent, des malades du cerveau, les deux, des malades mentaux en liberté, ici et toujours, jamais enfermés.

Je jette mes vêtements dans la corbeille à linge sale, je sors de cette salle de bain, bien propre, comme neuve, nue, directement dans ma chambre pour reprendre le temps. Au début je pleurais, c’était moi la coupable parce que j’étais belle. Je voulais plus être belle tout du moins quand maman allait voir Mamie. Ces week-ends-là je portais les habits les plus moches, je ne me lavais plus, toujours je jouais dans la terre du jardin, par tous les temps, pour me rendre malade. Sale, puante, laide, ils y allaient quand même, comme aujourd’hui, toujours le même rituel : beuverie-viol-match de foot après pour eux, pour moi saleté-viol-nettoyage. Ils prenaient chaque mois en l’absence de maman un bout de moi. Alors ! Trois mois plus tard, j’ai décidé de redevenir belle. Ce n’est que plus tard que je décidais encore de ne plus parler. Plus du tout.

*

Ma chambre, porte sans clé. Un lit une personne, couette rose, un bureau de travail où je ne travaille pas, une chaise, en face un miroir, posée sur le bureau une boîte de rangement avec dedans peignes, brosses. Quelques livres sur une étagère de ceux qui prennent les enfants pour des débiles, une commode que j’ouvre pour y prélever culotte rouge, socquettes, jolie robe pas la jaune à froufrou, chemisier. Demain je serai tout en blanc, pour faire plaisir à maman, sauf la culotte, parce que demain c’est dimanche, elle revient.

Si maman était morte, je dirais à tout le monde que la pourriture est dans la famille, chez les hommes, chez tous les hommes dans toutes les familles. Même chez Rachida, qui est devenue une copine à paroles dans la cour de récréation, quelques semaines après la mort de Lætitia. Chaque homme dans une spécialité. Ils ne font pas tous pareil pour profiter eux de leur vie.

« Mon pays c’est l’enfance », quelle bêtise ! Un bon moment particulier de la vie à en croire la maîtresse, moi j’y crois pas. Je sais bien, bientôt neuf ans, c’est peu à comparer aux rides de Mamie, c’est bien suffisant pour une gamine qui sait naviguer sur internet, qui a aussi été adoptée par une bibliothèque. 

Pareil. Tout le long de la vie, pareil, toujours des drames, des ceux qui profitent au détriment, des ceux qui subissent qui eux-mêmes cherchent à s’élever pour faire comme leurs tortionnaires, des saloperies. Les hommes, toujours des saloperies. Faut seulement le savoir, se protéger comme on peut. Moi c’est le m’en-foutisme. Ne donner aucune importance à tout, ne rien savourer, maîtriser. Être seule le plus souvent. La solitude est une caresse de maman.

*

Après le viol me laissent tranquille. Je les entends rire. Pour ce soir c’est soirée football toujours empuantis par l’alcool…les deux vont m’oublier…ils m’ont déjà oubliée. Je reste dans la chambre. Je vais pas manger. Pas faim. Ce sera pas la première fois. Je me coiffe, visage dans le miroir à chercher une raison à l’inhumanité de ces deux-là quand le fixe sonne. Coup de fil de maman. Je sors de la chambre, descends quelques marches. Le père ne met pas le haut-parleur, à voir ses mimiques, à écouter ses réponses je devine. Elle sera là demain de bonne heure. Il doit penser : « Si seulement elle pouvait avoir un accident avec sa voiture pourrie ! ». Vers six heures du matin elle sera là. « Pourquoi si tôt un dimanche ? » Mamie va mieux, un espoir.

Quand j’ai reçu un coup de lèvres sur le front, Julie, je me suis dit, garde les yeux fermés ce sera moins pire. Un deuxième coup, plus doux, genre caresse du bout des lèvres et une odeur du parfum à ne plus avoir peur. Oui. Son parfum. « Dors ma chérie, maman est revenue, il est encore tôt pour la messe. »

Si dans le mois je vis deux jours horribles, c’ est pas pour ça que le reste des jours il y a du bonheur à me fendre en barbie bénie des dieux. Maman revient toujours un dimanche, toujours le soir sauf aujourd’hui. C’est le jour zéro, le jour du plus grand bonheur que je vais vivre dans le mois. Un jour anniversaire marié avec le jour de Noël. C’est un point culminant de lumière pour une bougie qui va progressivement s’affaiblir, s’estomper, laisser place le jour où maman repartira de nouveau voir Mamie à un moment sournois, un moment éjaculateur de l’enfer qui empêche de dormir, pas de vivre. Pas jusqu’à une certaine résistance. Ma résistance à moi est haute parce que j’ai le truc du m’en-foutisme, celle de l’idée que sans exception les hommes sont des porcs…qu’il n’y a rien de mieux ailleurs… que les papas sont inexistants…qu’ils n’existent que deux mères au monde. C’est avec ça que je tiens bon, aussi avec cette pensée de mon avenir, quand je vais devenir grande. Je n’en ai pas envie. De ce que je vois c’est du pas bien. C’est à ce moment-là que je décide qu’un jour je le tuerai et moi aussi.

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.

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