LE CIRQUE

Les personnages 

LE CLOWN

LA SŒUR

LE FRÈRE

L ONCLE

LE PÈRE

LA MÈRE

Deux personnes, un frère et une sœur, s’approchent d’un cirque

.

LE CLOWN, lançant un pétard.

À ma droite, une sœur ; à ma gauche, un frère ; à droite une chaise ; à gauche une chaise. Asseyez-vous. Il lance un pétard. Ils s’assoient.  Me voilà entouré d’un frère et d’une sœur qui ne se sont pas vus depuis huit ans. À part, et notant sur un carnet. Huit ans.

LA SŒUR 

Es-tu bien mon frère ?

LE FRÈRE 

Je peux te le prouver. Il remonte sa manche gauche, elle remonte sa manche droite. Tu es ma sœur. Ils s’embrassent.

LA SŒUR 

Tu sembles fatigué.

LE FRÈRE 

J’ai déménagé récemment, je n’ai pas encore les moyens de m’offrir un vrai lit. Je dors sur un lit de camp.

LA SŒUR 

Avec un matelas ?

LE FRÈRE 

Et des couvertures.

LA SŒUR 

Moi je parle anglais et j’écris en sténo.

LE FRÈRE 

Tu as un accent.

LA SŒUR 

J’ai fait un long séjour à Marseille, alors forcément, on prend l’accent.

LE CLOWN 

Vous dites ?

LE FRÈRE 

Le 14 juillet existe-t-il en Norvège ?

Le clown lui répond à l’oreille.

LE FRÈRE 

Deux crocodiles se bronzent au soleil un gros et un petit. Une rose passe près d’eux. Le gros l’interpelle « si tu ne veux pas que je te croque tu dois résoudre cette énigme. Le petit que tu vois là est mon fils, mais je ne suis pas son père. Qui suis-je ? »

Prenant des notes dans son carnet.

LE CLOWN 

…14 juillet en Norvège. Deux crocodiles… un gros et un petit…

LE FRÈRE 

La rose panique. Elle gesticule en tous sens car elle ne veut pas mourir. “J’attends ta réponse » dit le gros. Puis il ouvre la gueule et la croque en un instant.

La sœur donne la réponse à l’oreille du frère.

LE CLOWN 

Plus fort !

LE FRÈRE 

Tu m’as mordu l’oreille.

LE CLOWN 

Les crocodiles vivent dans la jungle. C’est loin la jungle, trop loin pour moi. De toute façon, aussi intelligente soit-elle, une rose ne peut pas comprendre le langage des crocodiles.

LA SŒUR 

Je n’ai pas beaucoup mangé depuis que j’ai quitté la maison.

LE FRÈRE 

Inutile pour autant de me mordre l’oreille. Si tous les affamés devaient me manger l’oreille, voilà déjà des années que je serais sourd.

LE CLOWN 

La Bastille existe-t-elle en Norvège ?

LA SŒUR, au frère.

Tu saignes.

LE FRÈRE 

Je saigne ? Quoi, je saigne ! Oh mon dieu ! Je saigne !

LA SŒUR 

Tu vas tacher ton mouchoir.

LE FRÈRE 

Ce n’est pas du sang.

LA SŒUR 

Pourtant, ton oreille est rouge comme du sang.

LE FRÈRE 

C’est un mauvais coup de soleil.

LA SŒUR 

Il ne faut pas t’exposer au soleil.

LE FRÈRE 

Une oreille est toujours exposée au soleil.

LE FRÈRE 

Sauf si tu mets des protège-oreilles comme ceux-là.

Elle sort les protège-oreille de son sac et le frère les essaie.

LE FRÈRE 

Je vais suer.

LA SŒUR 

On ne sue jamais des oreilles.

LE CLOWN 

Crocodiles, Norvège, je ne veux plus en entendre parler. Donc à droite une sœur, à ma gauche un frère. J’ai mal au crâne, j’ai besoin d’une aspirine. Un temps. Au centre, qui font leur entrée, le père, la femme et l’oncle. Ils vont vous interpréter une scène de la vie intitulée « la poule au pot d’Henri IV n’est pas morte ». Devant vos yeux admiratifs ils vont se saisir d’une poule, le père montre une poule en cage, la tuer, le père montre le couteau, la rôtir, la mère montre le four, la manger, l’oncle montre les couverts.

Le père affûte son couteau. La mère saisit les couverts et prépare la table. L’oncle se saisit de la poule, la sœur le chatouille, il lâche la poule. Tout le monde court après la poule.

LE PÈRE 

J’ai toujours dit qu’on ne mettait pas les poules en cage, parce qu’alors elles deviennent féroces.

LA MÈRE 

Votre père a raison.

L’ONCLE 

Ce n’est pas mon père. Je suis l’oncle.

LA MÈRE 

Père et oncle ont raison il faut manger la poule.

LA SŒUR 

Maman, pas la poule.

LE PÈRE 

Je prépare le dîner.

Le père attrape la poule. La mère épluche des légumes L’oncle ouvre et ferme son parapluie.

L’ONCLE, désignant la sœur.

Elle vole la poule.

LA SŒUR 

Je la caresse.

LE PÈRE 

Ne la touche pas, elle est sale.

LA SŒUR 

Tu la touches bien toi.

LE PÈRE 

Moi, c’est pour la tuer.

LA MÈRE 

Tu sors ?

L’ONCLE 

Je vais voir si mon parapluie ne fuit plus.

La sœur se saisit de la poule. Une course-poursuite s’ensuit. Elle sort suivie du père et de la mère.

LE FRÈRE

Voilà vos aspirines.

LE CLOWN 

Et l’eau ?

LE FRÈRE 

Où est ma sœur ?

LE CLOWN 

Où est le verre d’eau ?

L’ONCLE, revient.

Le parapluie ne fuit plus. Où est la poule ?

Retour de la sœur en courant qui tient toujours la poule ensanglantée suivi du père et de la mère.

LE CLOWN 

 Fuyez, fuyez pauvres malheureux, il manque un ours.

LE PÈRE 

Tout le monde se calme. Plus personne ne court. Toi lâche la poule. Et toi lâche ton parapluie. Et toi arrête de pleurer. Que le silence se fasse, je dois réfléchir.

LE CLOWN, tout bas. 

Il manque un ours.

LE PÈRE 

Un ours ! Comment peut-il manquer un ours ?

LE CLOWN 

Au dernier inventaire, celui de l’année dernière, il manquait déjà.

LE PÈRE 

Ce n’est pas une raison pour perdre un ours !

LE CLOWN 

Je suis un clown, pas un comptable. Si vous voulez engueuler quelqu’un, faites-le sur le dos de celui qui a perdu l’ours.

LE PÈRE 

Les enfants, ma femme, mon frère, je crois qu’il est temps de quitter ce cirque. Messieurs, mesdames, nous vous saluons.

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.

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