Les premiers mots du roman. Il parait que l’incipit est très important pour attirer le chaland. Alors je chalande un petit peu. Le titre, je trouve qu’il soupe à l’étage, alors qu’ il n’est que provisoire.
Tout en essayant de pas me salir, je plonge les mains dans cette flaque de boue pour attraper une grenouille, une minuscule grenouille, c’est le défi. Ma copine ricane, elle se moque tandis qu’elle réalise un autre exploit en se faisant sucer le sang. Je n’ai pas peur des sangsues qui sont des limaces pas belles, gorgées, mais il ne faut pas que je me salisse, voilà tout. Elle, ma copine, ça fait deux bonnes minutes qu’elle les admire les bestioles, en rigolant, parce qu’elles lui chatouillent la paume des mains quand elle dit. « Viens on rentre ! » Je lâche le têtard, je sors de la vase, sur le bord du l’étang maintenant. Elle balance les sangsues au loin. Regarde ses mains, voilà tout.
Maman, avant sa maladie, répétait que les années à venir seraient encore plus sales que les précédentes, que sa petite fille chérie aurait encore trop de possibilités de s’écorcher les genoux, de déchirer les jupes, d’être éclaboussée par les automobiles des citadins qui traversaient le village sans attention. Elle voulait ça, n’est-ce pas ?
Elle m’impose une épreuve quand je veux jouer avec elle, parce que je suis plus jeune que elle et qu’elle ne doit pas avoir la honte d’être avec une froussarde. La semaine dernière, avant de l’accompagner à la piscine municipale, à trois kilomètres du village, j’ai dû ramasser dix vers de terre pour nourrir ses poules avant de faire un pas vers l’eau. C’est ma copine.
Mais je vais à l’école. J’ai d’autres copines.
