Le juif et la France, fin de paragraphe « À mort les filles! « 

une fin de paragraphe de la première partie en cours de création

 Il a un rendez-vous à Paris. Paris j’ai jamais vu, même pas en photo. Il décide, je l’accompagne. Avec une gamine ça passe mieux, quoique. Je savais pas là, c’est plus tard. Dans le train y a du contrôle. La fouille de la valise donne rien, De plus avec ma jambe faite dans un bois pétainiste ça passe bien, Jules était un malin. C’est pas qu’il a des choses à se reprocher, enfin je le pense. Ce rendez-vous dans la capitale doit être sérieux pour qu’il m’emmène, une sorte d’alibi, comme à chaque fois.  Moi j’aime bien qu’on me trimballe de gauche à droite pourvu que je sente plus rien qu’Éole. J’ouvre d’ailleurs la fenêtre, personne pour râler, personne tout simplement dans le wagon. À Jules je lui demande pourtant où nous allons aller à Paris. Pas ce que nous ferons, seulement le ou. Pas beaucoup de réponse sinon de ne pas me faire mal quand nous descendrons du train, gare du Nord, à cause du marchepied, déjà pas commode pour un vieux. Il dit ça en souriant parce qu’à tout moment il fait le jeune. « Je connais un hôtel. »

Le train entre en gare, j’admire même le quai. Je vois pas de boche, des français, comme si elle s’occupait elle-même la France. Beaucoup de mitraillettes, un message. Avec mes béquilles c’est déjà pas facile…un boche m’aide à descendre, il porte mes béquilles, me prend la taille, me dépose sur le quai. Jules il dit rien, donne un sourire tordu. Sent bon le boche. Y en a un deuxième qui arrive. Jules me prend la main, il dit merci, merci. Je reprends mes béquilles, un petit sourire aux deux. « Et maintenant ? »

Il a dit juste. Un hôtel boulevard des Italiens, je vois la plaque et pas les italiens. Une chambre avec un lit. À l’accueil, le concierge demande les papiers, il dit que je suis sa fille…demande la raison… pour l’exposition. Il laisse nos papiers.

Le palais Berlitz . Y avait de la marche. Une entrée. J’avais pas lu.  Je trébuche. Avec mon traine-patte du haut-du bas, y a de l’indifférence. Je rentre. Putain que de la beauté. Par contre…je ne veux pas m’en souvenir. Les yeux clignotants. Dés l’entrée, Jules me laissa assise. Il poursuivit son parcours avec un guide.

À la fin il revint d’entre l’exposition.

(Pour les quelques lecteurs vous pourrez voir cette expo en live sur youtube.)

J’imagine. En face de la gare me laisse avec un peu d’argent à une table. Il papote avec un homme et le vlà qui me dit qu’il reviendra pas tout de suite, que je dois pas m’inquiéter. Il reviendra avant le dernier train vers Lille.

De ma chaise, dans cet hôpital, avec mes béquilles, c’était ça Paris. Pas la Tour Eiffel, pas l’Arc de Triomphe, seulement deux rues qui se croisaient avec des boches au quatre coins et des miliciens, de la circulation aussi pauvre que plus tard il y aura dans les pistes cyclables que pondront les écolos du brun. Mais quand je dis ça, je serai morte, évidemment.

J’attends. Il revient. Le soir même. Son regard est joyeux. Je me suis fait un film : il allait dire que la France se délivrer. Pas de tout ça. Il m’a rien dit, sinon qu’il avait vu et fait ce qu’il devait faire. Avec ça, je ne me suis pas d’idée, sinon celle que Jules était bien mystérieux.

A propos de encrier310154 932 Articles
Je suis né en 1954. Enfant de la DASS, placé dans une famille d'accueil, j'ai dû rapidement travailler. Ce qui ne m'a pas empêcher de suivre des cours du soir et d'obtenir un DESS en sciences économiques. Parallèlement j'ai découvert le théâtre. De 1975 à 1980 j'ai travaillé le jeu d'acteur, puis les deux dernières années j'ai suivi des cours théoriques sur l'histoire du théâtre. J'ai commencé à écrire vers 16 ans, mais du fait d'un temps de travail important, je n'ai pu qu'écrire des synopsis pendant une quarantaine d'années. Depuis 2016, année de ma retraite, je les travaille.